« Donne nous aujourd’hui notre pain de ce jour », une idée « made in Israël ».

Le Psalmiste nous rappelle qu’il est une nourriture, le pain, que les hébreux ont vu tomber du ciel : « Il fit pleuvoir sur eux la manne pour nourriture, Il leur donna le blé du ciel » (Ps 78, 24). Cette manne avait un caractère miraculeux du seul fait de sa provenance : le ciel. Voilà un signe donné aux Hébreux, la boulangerie céleste était en marche ! Mais quel sens cela avait-il ?

Dans la Bible, ce mot apparait 13 fois uniquement en lien avec l’épisode de la traversée du désert. La particularité de cette nourriture était que personne ne devait l’amasser dans ses greniers. Moïse le dira ainsi : « Que personne n’en garde jusqu’au matin ». Il fallait bien croire que le lendemain, le ciel ferait encore ce miracle. Ce défi de la confiance indique bien que ce pain n’avait pas juste prétention à remplir des ventres : il devait aussi nourrir la foi. Tous les livres bibliques (Nombres, Deutéronome, Josué, Psaume, Néhémie, Hébreux, etc.) qui en parlent lui donneront un sens tout trouvé : la manne est le signe de la fidélité de Dieu. Oui, nous pouvons compter sur Lui, tous les jours. Car après tout, comment pouvait-on manger ce pain comme on mangeait n’importe quelle autre nourriture ? Comment pouvait-on quotidiennement toucher de nos mains ce miracle et rester indifférents ? Et pourtant, ce n’était que l’ombre des choses à venir.

Jésus apportera une lumière plus complète : « Mais Jésus leur répondit : Vraiment, je vous l’assure : ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel, c’est mon Père qui vous donne le pain du ciel, le vrai pain. Car le pain qui vient de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde » (Jean 6). Le messie inscrira ainsi la signification du pain, et de la cène, directement de la lignée de la manne. Si le Père a donné le pain dans désert sur la route de la terre promise, nous y voyons le don de son fils dans nos chemins respectifs.

Quelques réflexions :

  1. Le pain est pour le désert : ce contexte ne semble pas avoir réellement changé. Jésus lui-même le donnera face à des pauvres, des gens affamés, ou encore la veille de sa mort à un moment si particulier. En d’autres termes, aussi longtemps que nous aurons besoin d’aide, nous en aurons besoin.

  2. Ce n’est pas nous qui prenons le pain, c’est Dieu qui le donne. C’est toujours dans ce sens-là : « ce n’est pas Moïse, c’est mon Père », ou encore « Ma vie nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne ». Quand nous prenons le pain, nous le recevons. Quelle différence ? Que nous en sommes les bénéficiaires. Mais pourquoi ?

  3. « Il donne la vie ». Ce pain n’est pas un plus. Il apporte une dimension de vie et de ressourcement essentielle. C’est une façon de nous approprier l’aide tangible que Dieu nous offre dans notre quotidien : le pardon, la grâce, la guérison, et surtout sa présence qu’il nous appelle à chérir.

  4. C’est mystérieux : si nous réduisons Dieu à un bout de pain, nous ne fabriquerions rien de moins qu’une idole. Mais si nous n’y voyons qu’un aspect symbolique, nous sous estimons la portée spirituelle d’un repas qui dépasse l’entendement. Les apôtres l’ont pris à des moments d’attentes, de doutes ou de danger, sans doute pour se rappeler que Dieu est prêt à tout donner pour les secourir.

  5. C’est ensemble : Jésus a offert la cène dans un moment de partage et de communion. Sauf exception, les apôtres ont toujours fractionné le pain ensemble. En ce sens, le corps de Jésus représente aussi son Église, une invitation à nous rappeler que nous avons été sauvés en tant que peuple, et que c’est en tant que peuple que nous devons avancer. C’est par le soutien des uns et des autres que nous trouvons aussi le secours et la providence du ciel.

Qu’en retenir ?

Depuis le désert, le message n’a pas changé. Alors que nous avançons tous ensemble vers notre terre promise, la vie éternelle, c’est la même aspiration qui doit résonner : « Donne nous aujourd’hui notre pain de ce jour ». Nous aimerions tant pouvoir amasser tous nos biens dans nos greniers pour nous assurer l’avenir, mais qu’en serait-il du miracle quotidien ? Car après tout, n’est-ce pas pour cela qu’on vit : voir la gloire de Dieu ?

Nicolas Thevenet